Izarnodurum

Un groupe de visiteurs dans les vestiges du temple

Le contexte

 

Izernore est un bourg de plus de 2000 habitants qui se trouve dans le haut-
Bugey, à une douzaine de kilomètres d’Oyonnax. C’est aussi un site archéologique majeur du département. Les premières découvertes ont été effectuées très tôt, à la fin du XVIIIe siècle. Les fouilles ont attesté que l’endroit a été occupé dès le IIe siècle avant notre ère, occupation qui a évolué vers un vicus gallo-romain par la suite, autrement dit une bourgade. Il existe même des traces d’occupation néolithique à Cessiat où quelques poteries ont été retrouvées.

Ce site est donc, (au moins!) deux fois millénaires. Izarnodurum est le nom gallo-romain, lui-même issu du nom celtique comportant la racine « izarn », signifiant « fer ». Le doute subsiste sur la signification du nom complet. Il s’agit soit de « portes de fer » soit de « marché de fer ». Or, aucune production de fer n’est attestée par ici. En revanche, l’opulence qui a été constatée dans les constructions et les vestiges extraits du sol font penser à un lieu d’échanges commerciaux florissant.

 

Nous sommes ici sur le territoire des Ambarri, tribu qui pose quelques questions aux historiens. En effet, ils ne constituaient pas un peuple à proprement parlé, car ils ne frappaient pas leur monnaie. Tout laisse à penser qu’ils étaient une sous-peuplade issue d’une de leur voisine, plus importante. Pour situer le contexte global, il s’agit de la Gaule Celtique. Dans ses écrits, César a divisé la Gaule chevelue en trois partie : Aquitaine, Celtique et Belge. Une quatrième partie avait déjà été colonisé auparavant : « La province », qui se situe sous une ligne que l’on peut tracer approximativement de Genève à Toulouse.

Dans le secteur, nous trouvons au nord les Séquanes, qui occupaient le Jura et les Eduens, qui étaient maîtres de la Bourgogne. A l’ouest, les Segusiaves se trouvaient sur un territoire équivalent, à peu près, aux départements actuels du Rhône et de la Loire. A l’est, les Helvètes peuplaient la Suisse actuelle. Au sud du Rhône, on trouvait les Allobroges (approximativement Drôme/Isère).

César, dans ses commentaires sur la guerre des Gaules, dit que les Ambarres sont « amis et de même souche que les Eduens. » Ils occupaient les berges de la Saône. Si on décortique le nom, « Arar » signifie « Saône » en langue celtique et « amb » signifie « enjamber », « des deux côtés ». La thèse retenue à ce jour suppose qu’ils étaient une communauté de nautes, qui contrôlait la rivière et s’en servait pour acheminer des marchandises. La Saône est une rivière qui s’y prête. Toujours pour citer Jules César, il dit dans ses commentaires qu’elle est une rivière qui « coule tellement lentement qu’il est difficile de déterminer dans quel sens elle coule. » Nous sommes loin de la Saône, mais la langue de terre qui constituait leur territoire venait jusqu’ici, à la frontière du territoire Séquane.

 

Le temple et les fouilles

 

Le temple gallo-romain est un ensemble qui regroupait plusieurs bâtiments à l’origine. Il s’agissait d’un vaste espace cultuel qui incluaient des thermes, aujourd’hui recouvertes, dans le champ voisin. Il aurait inclu aussi des puits à vocation rituelles et peut-être même, selon certains, un théâtre. Cette dernière assertion relevant, pour l’heure, de la pure hypothèse.

Il est situé à l’écart des habitations, pour en préserver son caractère sacré. Il en est le dernier vestige en élévation et l’on peut voir ses trois imposants « piliers à colonnes engagées ». A l’écart du vicus se trouvaient également deux villas, aux emplacements des hameaux de Bussy et de Pérignat. L’une à vocation agricole, l’autre à vocation résidentielle.

Les premières fouilles ont été effectuées en 1784, commandées par Thomas Riboud, député de l’Ain , connu notamment pour avoir fait déclarer le monastère de Brou « monument national ».

En 1840, le site est classé. Puis, des campagnes successives ont eu lieu tout au long du XIXe, dont une importante en 1863, sous Napoléon III. Au XXe (1907), les villas de Pérignat et Bussy sont fouillées à leur tour, par Emile Chanel. Il est considéré comme le fondateur de la spéléologie dans l’Ain et fut également professeur au lycée Lalande. Puis il faut attendre 1962, pour que le Touring Club de France entreprenne d’autres fouilles avec des méthodes plus scientifiques, pendant une dizaine d’années. Depuis les années 2000, quelques recherches ont encore eu lieu, menée notamment par l’INRAP. Mais la campagne la plus importante fut consacrée à la restauration du site (nettoyage/consolidation). Elle fut aussi l’occasion de confronter des données qui commencent à être ancienne avec des méthodes modernes.

Il faut noter que l’impression romantique qui se dégage du site a inspiré plusieurs artistes, dont le peintre Alexandre-Evariste Fragonard au XIXe siècle.

 

Architecture

 

Deux temples se sont succédés à cet emplacement, le second recouvrant l’autre. Le premier date du début de notre ère, sous Auguste, qui règna de -27 à +14 et fut le premier empereur romain, ainsi que le « fils adoptif » de Jules César (à titre posthume). Son mur de fondation, surélevé par Emile Chanel, descend à 1,80m de profondeur. Le bâtiment fut ensuite détruit et ses matériaux utilisés pour construire le second, à une date mal définie (fin du Ier, début IIe siècle?) Le réemploi a servi notamment à constituer la pierre de blocage, qui a comblé l’espace entre les murs stylobates (piédestal supportant une colonnade, comportant moulure, base et corniche, régnant sur le pourtour d’un édifice). Le mur de fondation du second temple, en petit appareil, supportait une élévation en gros appareil, visible encore sur trois des angles. Le mur stylobate supportait un podium de 2,80 m de hauteur, avec un péristyle. Les pierres sont munies de l’opus quadratum (chaînage par agrafes métalliques cellées avec du plomb), et de trous de louve.

Les piliers d’angle sont à colonne engagées. Entre eux se trouvaient des colonnes « simples ». Plusieurs fûts ont été retrouvés et notamment la colonne qui supporte la croix, sur la place du village. Le nombre de colonnes est incertain, l’hypothèse a été avancé (en fonction de l’espace et des standards de l’époque) qu’il y en aurait eu 6 en façade et à l’arrière et 7 sur les côtés.

La cella (partie close du temple) mesurait 7,30m x 12,80 m. Les dimensions totales du temple (hors escalier) sont de 19,20m x 22,60 m.

Sur le côté Est s’élevait l’escalier monumental vers le péristyle et l’entrée de la cella (pièce close réservée au culte, le public n’y entrait pas). Avec la porte grande ouverte, la lumière du soleil levant venait sans doute frapper de plein fouet la statue du Dieu à l’intérieur.

Des reconstitutions assez précises ont pu en être faite. Le doute subsiste, cependant, sur la forme du toit. Il se peut que le temple ait été un fanum (temple gallo-romain de tradition celtique). Dans ce cas, le péristyle faisait le tour de la cella, tandis que dans l’autre cas, les colonnes n’étaient présentes que sur trois des quatre côtés.

Quant au Dieu en lui-même qui était vénéré ici, c'est une autre incertitude. Deux hypothèses existent, tout en restant hasardeuses, car reposant sur trop peu d’éléments : des inscriptions votives trouvées en réemploi ; une inscription gravée fait état du dieu Mercure. L’autre, se base sur l’hypothèse que les Séquanes, vénéraient le dieu Mars. Izanordurum étant fortement lié à ce peuple, Il se peut donc que ce temple lui ait été consacré. D’ailleurs, une bague dotée d’un chaton ornée de cette divinité a également été retrouvée. Mais tout cela reste bien maigre pour affirmer avec certitude qu’une des deux hypothèses est vraie.

 

Conclusion

 

Quoiqu’il en soit, cette bague est visible au musée du village, qui conserve toutes les trouvailles mises au jour. Il est incontournable pour avoir une vue d’ensemble sur toutes les pièces du puzzle : les thermes, les deux villas, le développement de l’agglomération le long de la voie de communication, les pierres utilisées en réemploi, les céramiques et la vaisselle retrouvées, les décorations somptueuses du temple…

Organisé en quatre parties, ses pièces représentent les différentes étapes du métier d’archéologue : la première pièce est organisée comme un mini chantier de fouilles, la deuxième est le bureau de l’archéologue, la troisième, le laboratoire et la dernière, la pièce de rangement des artefacts.

Plus de précisions sur le musée à cette adresse : http://www.archeologie-izernore.com/

Carte de la région

La "louve" était la pince qui permettait de déplacer les blocs de pierre

Reconstitution des ornements

Une reconstitution du temple

Ex Voto dédié au dieu Mars

Crédit photo : musée d'Izernore