Note de lecture

Bugey n°5 Mon Désamour... Essai de Jean-Pierre Collet, aux éditions Encre rouge.

 

 

Le nucléaire est en question dans cet essai de plus de 300 pages. Le nucléaire en général et la centrale du Bugey en particulier.

 

L’auteur est un militant du collectif SDN (« Sortir du Nucléaire ») Bugey. Il est à l’origine des actions « rond-point » réalisées régulièrement autour de cette centrale, située dans la plaine de l’Ain, sur la commune de Saint-Vulbas.

 

Dans la zone concernée, les tours réfrigérantes qui rejettent des panaches de vapeurs, au loin, sont connues de tous. Nombreux sont ceux qui y ont travaillé, ou dont c’est le cas pour un membre de la famille. Ces actions rond-point le sont toutes autant. Elles ont pour but d’attirer le regard en se positionnant à des endroits stratégiques, aux heures d’affluence, pour rappeler les dangers de cette industrie, à l’aide de pancartes et de tenues blanches. Par conséquent, elles s’attirent des sympathies, mais plus encore de quolibets et de critiques.

 

Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Collet y répond, tout en exposant sa position. Il fait le récit de ses premières actions. A travers une réflexion de fond, il démontre qu’il connaît son sujet et que les arguments anti-nucléaires sont solides, contrairement à ceux qui lui sont favorables. Cet amoureux des mots parsème son exposé d’apartés, de références, de métaphores, d’anagrames, de jeux de mots, au milieu desquels se trouvent des remarques fondées. Au passage, il dénonce les incohérences clientélistes des politiques du département. Il s’appuie sur les deux accidents majeurs qui ont déjà eu lieu dans le monde et quelle base de raisonnement serait plus solide ?

 

Le texte est teinté d’émotion diverses, qui vont de l’inquiétude à l’angoisse, puis à la peur panique. La colère n’est pas absente, teintée de la philosophie qui est le propre de celui qui lutte contre un adversaire plus puissant. Une phobie est généralement une peur obsessionnelle et injustifiée dûe à un traumatisme. Ce constat ne fonctionne pas ici. Si l’on peut qualifier le ressenti qui émerge de la lecture, il s’agit bien d’une « peur obsessionnelle ». Mais elle n’est pas dûe à un traumatisme et est encore moins injustifiée.

 

Il fourmille également de détails techniques concernant le fonctionnement d’une centrale, sa sécurité et fait un compte-rendu exhaustif de tous les incidents connus qui ont eu lieu.

 

Le « carnet de lutte médiatique» d’un militant actif, qui mène ses actions depuis sept ans, de façon mensuelle. Face à une entreprise quasiment omnipotente, qui pèse si lourd qu’aucun politique n’a encore réussi à lui faire faire machine arrière dans ce domaine.