Les mottes de Cabanac et Villagrains

La vallée du Gat-Mort

Cabanac et Villagrains est une commune située dans le département de la Gironde, entre Bordeaux et Langon. Les deux villages qui la composent sont bâtis dans la vallée du Gat-Mort, petite rivière qui va se jeter dans la Garonne.

Cette rivière fut plus importante auparavant. La région landaise, avant d’être plantée de pinède au XIXe siècle, était beaucoup plus marécageuse. Elle constituait donc, probablement, un axe privilégié pour acheminer les marchandises, notamment par halage.

Les recherches combinées d’archéologues professionnels et amateurs ont conduit à la localisation de plusieurs mottes castrales dans cette vallée.

 

Parmi elles, un site qui se trouve au cœur du village de Cabanac. Entouré de lotissement, il était lui-même promis à l’urbanisation jusqu’à l’intervention de Pierre Régaldo, responsable du Service Régional d’Archéologie. Il était nécessaire de signaler à la mairie sa dimension historique. La municipalité en place a alors pris la décision de racheter l’emplacement, dans le but de le valoriser. Le but est d’en faire un lieu de promenade et de visite pour les riverains, tout en le prospectant. Le programme de fouilles a été confié à l’association Adichats (cf dans la même rubrique l'article intitulé « Villandraut ») et il se déroule sous la direction de Laura Soulard, mandatée par le SRA. Gwenolé Belbéoc’h, le céramologue local qui a lancé l’alerte lorsque ce site était menacé, apporte régulièrement ses lumières aux recherches.

 

Les mottes castrales sont ces buttes de terre, élevées à partir du XIe siècle (peut-être dès la fin du Xe) par les seigneurs locaux pour se fortifier et y bâtir au sommet les ancêtres des châteaux forts – encore en bois pour la plupart. Elles sont bien connues dans l’Ain, notamment dans la Dombes (mais pas seulement), où elles portent le nom de poype (ou poipe).

 

Qu’est-ce qu’une motte castrale ? Pour le comprendre, il faut remonter à 877, date à laquelle un capitulaire (terme qui désignait un acte législatif) avait été signé par l’empereur d’occident Carolingien Charles II le Chauve (il a été couronné empereur en 875). Ce texte donnait le droit aux fonctionnaires gérant les provinces de l’empire (les ducs, comtes et autres barons) à transmettre leur charge à leurs enfants. Cette disposition était provisoire et devait s’appliquer le temps de son absence. Il allait mener une campagne militaire en Italie pour aider le pape en difficulté. Mais Charles le Chauve meurt de maladie en revenant de cette campagne et le texte va continuer à s’appliquer sous ses successeurs. Les fonctionnaires deviennent dès lors, de fait, des seigneurs locaux héréditaires. La féodalité est née. Avec elle, le moyen-âge bascule dans ce qu’on appelle communément le bas moyen-âge, à la fin du Xe siècle. La limite entre le haut et le bas moyen-âge est généralement fixée à l’avènement de la dynastie capétienne, lorsque le comte de Paris, Hugues Capet, est élu roi des francs. Il règne de 987 à 996, dans des conditions difficiles pour un roi (cf la rubrique « Evasion/découverte » à l’article « L’épopée cathare 2/4 »). Avec l’affaiblissement de l’empire carolingien, les seigneurs locaux se mettent à avoir des velléités d’indépendance, et commencent à se fortifier. Une position défensive est plus efficace lorsqu’elle se situe en hauteur, par rapport à l’assaillant potentiel. Dans les régions manquant de relief, ces mottes sont donc élevées artificiellement. Le schéma architectural le plus courant est le suivant : au sommet se construit une tour en bois. La base de la motte est cerclée d’un fossé défensif, au-delà duquel se trouve la basse-cour, autrement dit le village, composé de quelques masures. Un deuxième fossé défensif l’entoure.

 

La poype de Villars-les-Dombes possède une particularité exceptionnelle : elle renferme une cavité en son sein, munie d’une petite chapelle, ce qui lui a valut d’être classée monument historique.

La particularité de Cabanac est que le site est constitué de deux mottes, comprises dans le même système de fossés. On remarque également que l’une est à la fois plus haute et d’un diamètre moins important que l’autre. Etaient-elles contemporaines ? Quelles étaient leur rôle respectif ? Les fouilles vont tenter de répondre à ces interrogations. Le chantier de cette année se devait, en premier lieu, de confirmer qu’il n’y avait pas d’erreur et que nous nous trouvons bien sur un site médiéval.

 

Le succès fut au rendez-vous. Les deux sondages effectués apportèrent chacun leur lot de céramiques, qui sont de l’époque médiévale attendue. Ils ont permis également de mettre à jour les fossés. Enfin, entre les deux mottes se trouve une plateforme légèrement surélevée. Les couches stratigraphiques dévoilées par les sondages plaident en faveur d’une élévation artificielle, qui serait donc la troisième du site. Moins haute, elle a servi à accueillir une construction bâtie(1). Plusieurs théories sont recevables, mais il est impossible à ce jour d’affirmer qu’elle est de la même époque que les mottes et la suite des recherches devraient nous apporter les réponses.

Le programme de fouilles va désormais s’étager sur plusieurs années consécutives. Pour l’heure, la satisfaction du succès fait peu à peu place à une certaine impatience. Celle de se retrouver l’année prochaine pour creuser d’autres secteurs du site qui, à coup sûr, mettront à jour leur lot de surprises.

 

Ceux qui seraient éventuellement intéressés de participer aux prochains chantiers devront faire preuve de patience, car les dates n’ont pas encore été fixées. Le recrutement de bénévoles commence au printemps. C’est à ce moment qu’il faut commencer à surveiller le site d’Adichats (https://www.assoadichats.net/) ou celui de Rempart (http://www.rempart.com/) si l’on souhaite envoyer sa candidature.

 

(1) Notre archéologue me signale (avec raison) qu'il manque une précision nécessaire : la construction attestée qui s'élevait sur cette plateforme est une grange du XXe siècle. Le fait qu'une autre ait existé auparavant n'est, pour l'instant, qu'une hypothèse.

Le décapage de la terre végétale s'effectue à la pelleteuse

vue sur les couches stratigraphiques

Une belle pièce avec "cordon digité"

Notre céramologue en plein travail

Pause café

La vue est prise sur le géoportail

La vue depuis le LIDAR (instrument qui établit des relevés précis à partir d'avion) indique les mottes et la plateforme centrale, moins élevée, entre les deux

Le chantier au petit matin

Crépuscule rouge au-dessus d'une motte

En cette saison, le soir tombe vite sur le chantier

Réponse à Emilienne

Extrait du rapport d'opération archéologique SRA Nouvelle-Aquitaine "Mottes castrales de la vallée du Gat mort, les Casterasses, commune de Cabanac-et-Villagrains", par Soulard L., Diaz L., (2018)

Bonjour Emilienne,

La réponse est difficile à faire dans la zone "commentaires", car ils sont limités à quelques mots seulement. Cette question pertinente mérite une réponse plus longue.

L'état actuel des recherches ne permet pas de l'affirmer avec certitude. J'ai parcouru le rapport d'opération et n'ai rien trouvé concernant cette commune.

Cependant, cela reste fort probable, car il s'en trouve tout le long de la vallée du Gat Mort. des prospections pédestres ont eu lieu en avril 2017. Elles avaient pour but de repérer les mottes existantes depuis Hostens jusqu'à Saint-Morillon, en passant par Saint-Magne, Guillos et Cabanac-et-Villagrains (voir la carte ci-jointe. Les carrés rouges y représentent des mottes, le carré vert un ouvrage de pierre)

Saint-Morillon étant une commune voisine de Saint-Selve, il n'est pas interdit de le penser. Je ne peux me substituer à Laura Soulard, l'archéologue qui a conduit ces recherches. Je vais donc la contacter. Il se peut qu'elle possède d'autres informations plus récentes. Je vous tiens au courant ici-même.

Quoi qu'il en soit, merci de votre intérêt.

 

MB

 

PS : Je reviens vers vous, Emilienne, pour vous confirmer l'absence de données supplémentaires et officielles, dans l'état actuel des recherches.

De votre côté, auriez-vous des "soupçons" sur des lieux de votre commune ? Les recherches se fondent sur les écrits existants, mais aussi sur le savoir des anciens, qui ont souvent des indices intéressants en mémoire. N'hésitez pas à communiquer vos connaissances, si c'est le cas. Les recherches actuelles ne portent pas sur cette partie du territoire. Mais le jour où ce sera le cas, il sera important de les avoir. Le nombre de mots étant limité dans les "commentaires", je vous rappelle mon contact pour une éventuelle réponse : contact@audamaric.fr

 

Cordialement,

 

MB