19. oct., 2017

De la science au complotisme délirant : quelques mécanismes

Ceux qui craignent encore que les reptiliens, infiltrés parmi nous, mettent leur projet d’invasion à exécution doivent se mettre à la page. Ils ont plusieurs infos de retard. Certes, ils se sont alliés avec les Annunakis dans le but de nous détruire. Mais leur projet est désormais tenu en échec par une alliance conclue récemment entre les illuminatis et les maîtres ascensionnés, qui, c’est bien connu, se cachent dans un vaisseau amiral derrière la lune. A propos de la lune, les tenants de la terre plate ont enfin réussi à faire la démonstration qu’elle a la forme d’un disque. Il n’est plus à prouver désormais qu’elle est, elle aussi, aussi plate qu’une crêpe trop cuite. Les chercheurs planchent aujourd’hui sur son origine et étudient la piste d’une vaste crêpe-party qui daterait de l’époque où les géants peuplaient la terre. Mais pour l’heure, rien n’est prouvé.

 

Pour plus de détails, regarder ici (cela fait plusieurs années qu'on peut les entendre promettre des « faits visibles » contre la « kabbale sombre »), ou encore ici, ainsi que les vidéos que youtube suggère à côté.

 

Comment en arrive-t-on là ?…

 

Il faut tout d’abord avoir bien en tête la démarche scientifique. La science avance, depuis toujours, en se fondant sur des faisceaux de présomption qui, lorsqu’ils produisent des preuves, permettent de faire des affirmations. C’est valable pour toutes les matières scientifiques.

Elle avance donc pas à pas. Elle connaît parfois des avancées fulgurantes grâce à des découvertes révolutionnaires, tandis qu’elle peut aussi piétiner devant des énigmes insolubles.

Un jour ou l’autre, ces énigmes finissent par être résolues. Mais tant qu’elles ne le sont pas, elles freinent l’avancée, jusqu’à la bloquer, parfois. La science se trouve alors devant un mur et tant qu’elle n’a pas trouvé le moyen de le franchir, le scientifique doit savoir dire « au-delà de cette limite, je ne sais pas. »

C’est l’endroit où l’artiste prend la place du scientifique, où l’imaginaire relaie le rationnel. Les théories peuvent se développer pour former, soit des hypothèses scientifiques, soit des fictions.

En elle-même, toutes les théories sont dignes d’intérêt et chacun est libre d’accorder du crédit à celle qu’il préfère.

 

Accorder du crédit à une théorie n’en fait pas une réalité. Or, la frontière est souvent franchie allègrement, en pensée comme en parole ! Dès lors, l’éthique est oubliée. Une erreur excusable, lorsqu’elle est commise par des profanes dans une conversation de comptoir, un repas de famille ou toute autre situation qui relève du privé.

 

L’erreur devient une faute lorsqu’elle est publiée. Car elle devient un acte qui relève de la manipulation. Une théorie ne s’appuie sur rien de solide : on part donc d’une base connue pour extrapoler et essayer d’imaginer l’inconnu. Or, l’inconnu fait généralement peur. Rien n’est plus facile que d’amplifier des théories existantes pour les rendre à la fois effrayante et fascinante. Quand le but n’est pas l’humour (de plus ou moins bon goût selon les victimes), il est politique. C’est le bon vieux mécanisme utilisé par les religions, les sectes et les politiciens malhonnêtes : jouer sur les peurs ; amplifier ces craintes ; se montrer compréhensif à l’égard de ceux qui sont vulnérables ; dans le but de proposer des solutions et par la même occasion, accéder à un pouvoir en prenant un ascendant sur eux.

 

Sur internet, le machiavélisme de ces techniques est décuplé. Il rend possible un phénomène de masse : « Si autant de vidéos en parle, c’est forcément vrai ??!! »

Prenons l’exemple des Annunakis, cités plus haut. Pour ceux qui n’ont pas regardé la vidéo, ces « entités » sont citées dans les tablettes mésopotamiennes. Ils faisaient partie du panthéon, de leur mythologie, tout comme les grecs avaient la leur. A partir de quelques lignes de textes, de quelques bas-relief, certains ont cru y voir des extra-terrestres qui auraient visité ce peuple. L’imagination aidant, il s’est construit toute une histoire autour, fondée sur tellement peu de choses qu’elle prête à sourire. Je vous résume : les Annunakis ont colonisés la planète Terre en des temps reculés pour extraire des minerais dont ils avaient besoin. Mais fatigués de travailler par eux-mêmes, il ont créé la race des homo sapiens, en croisant les primates avec leur propres gênes, pour les faire travailler à leur place. Ils fréquentaient encore régulièrement la terre à l’époque sumérienne et mésopotamienne…

Cette histoire, qui pourrait être un excellent scénario de science-fiction, n’en est hélas pas un : elle est présentée comme une réalité par des vidéos que l’on trouve facilement sur le sites de partage comme youtube, dailymotion, etc. si l’on cherche ce terme.

Et comme il est impossible de la vérifier ni de l’infirmer, ceux qui l’utilisent disposent d’un boulevard pour vendre cette camelote. Dans quel but exactement ? Qui se cache exactement derrière ces vidéos ? Comme je le disais plus haut, le propre de l’inconnu est d’inquiéter. Si on les écoute au second degré, l’inquiétude ne s’apaise pas...

 

Si l’on considère qu’internet est une merveille qui démocratise la culture, il faut aussi prendre en compte son revers de la médaille. Ce qui implique de savoir faire un tri sélectif. Et donc d’avoir des critères de sélection, à partir d’une base solide. Merci René Descartes pour la méthode !

 

MB